Si on excepte l’épisode de COVID 19, l’asile de nuit Pierre d’Angle ne travaille pas avec des réservations. Les personnes qui souhaitent passer la nuit dans notre structure sont invitées à se présenter avant 20 heures sur place sans garantie toutefois qu’elles puissent dormir chez nous. Un tirage au sort détermine qui peut entrer. 

Chaque hébergé trouve à son arrivée un lit propre avec des draps et une couverture pliée, du papier WC dans les toilettes, du savon aux éviers etc. Nous avons établi un partenariat avec l’ASBL BRAVVO qui gère les gardiens de la paix de la Ville de Bruxelles. Des gardiens de la paix sont présents dehors en soirée pour aider à gérer d’éventuelles tensions, veiller au calme et à la propreté et dialoguer si besoin avec les habitants du quartier. Ils participent préalablement au débriefing.

« Ceci dit, on reste toujours ouvert et à l’écoute des gens et on fera tout pour qu’il y ait toujours la possibilité de renouer des liens. » (Mamadou, éducateur spécialisé) 

Au préalable, on demandera le nom des nouvelles personnes, ainsi que leur nationalité et leur âge. Vu que nous garantissons l’anonymat à nos hébergés, les données relatées servent uniquement à des statistiques (centralisées par La Strada). Nous ne procèderons pas à un contrôle de leur identité. Actuellement depuis la mise en place des mesures COVID, est apparue une nouvelle situation provisoire du fait qu’on connaît l’identité des personnes qui sont envoyées par Bruss’help.

Dès l’entrée, les draps sont distribués à tous ceux qui passeront la nuit à Pierre d’Angle. Un éducateur relèvera les noms et fera un bref descriptif des nouvelles personnes. A chaque personne on attribuera un lit et comme aide-mémoire le numéro du lit sera écrit sur son gobelet. Une grande armoire est également prévue pour que les gens puissent laisser leurs affaires en toute sécurité, le temps d’une nuit. Ceux qui le souhaitent pourront laisser leurs documents et autres effets personnels (GSM, portefeuille…) dans le bureau. Les éducateurs les mettront dans un sachet sur lequel ils indiquent le nom et le numéro de lit de la personne. Durant toute la nuit les gens peuvent librement aller prendre une douche. 

Les repas

Un repas chaque soir pour les hébergés ! Si depuis 2016 nous parvenons à atteindre cet objectif, c’est uniquement grâce à un grand investissement en temps de nos bénévoles et à de nombreux partenariats. Citons par exemple le projet DREAM, projet mené par le CPAS de Bruxelles et qui récupère plus d’une tonne d’invendus alimentaires par jour (du marché matinal, de supermarchés…) afin de les redistribuer à des associations venant en aide aux personnes dans le besoin. 

Grâce à ce projet, nous pouvons bénéficier entre autres des invendus d’EXKI, mais également d’une diversité d’aliments comme des fruits, des yaourts, des salades et des biscuits qui peuvent également servir en après-midi. En 2019 nous avons multiplié les partenariats. Un grand merci à Feedtruck (qui en plus du repas, prévoit chaque mois une animation musicale !), à Feedtruck-Lazare, l’ASBL Les Pains Unis, les Petits Riens, Le Rotary, le Lyons Club Ixelles Alizée, Poverello, Entraide & Culture, La Croix-Rouge, l’épicerie sociale Les Capucines, La Graceffa, l’Ilôt, Ladbrokes, de nombreux particuliers (Catarina, Simon, Affaf, Georgiana, Sofian, Karima…) et à tous nos bénévoles (on ne pourra jamais remercier assez Claudine !). 

« J’aime travailler avec des partenaires et des particuliers qui font des dons alimentaires. C’est que je rencontre des personnes formidables que je n’aurais jamais pu rencontrer dans la vie courante, des gens qui se démènent pour offrir de quoi manger aux personnes sans-abri. » (Claudine, bénévole responsable de la gestion de l’aide alimentaire).

La distribution de nourriture et les repas sont des moments précieux. Non seulement parce que les hébergés n’iront pas dormir le ventre vide, mais également parce que c’est le moment par excellence où travailleurs sociaux, bénévoles et usagers apprennent à mieux se connaître et créent des liens.

Les petits soins de La Croix-Rouge, ce n’est pas que pour les crises humanitaires internationales. L’Unité d’Appui de Bruxelles-Capitale – Croix-Rouge de Belgique (UBAC) effectue aussi des tâches psychosociales telles que la mise en œuvre de centres d’accueil et d’hébergement d’urgence en cas de catastrophe ou aide de certains organismes œuvrant pour les Sans Domicile Fixe tel que Pierre d’Angle où une des équipes preste régulièrement tout au long de l’année.

Des secouristes bénévoles de la Croix-Rouge de plusieurs sections locales bruxelloises viennent depuis 2009 donner des soins à Pierre d’Angle deux soirées par semaine. A partir de l’année 2012, leurs permanences ont doublé et ils assurent désormais quatre soirées par semaine.  « Pierre d’Angle est vraiment un endroit indispensable pour les sans-abris de tous bords. Il apporte le temps d’une nuit, repos, tranquillité (grâce aux consignes), et un repas à ses pensionnaires d’une nuit. L’équipe sur place n’a pas la tâche facile (…). Une fois l’entrée passée, l’équipe essaie de répondre aux besoins de tout un chacun selon les moyens disponibles. Chapeau à eux ! Il faudrait plus d’endroits de ce type à Bruxelles. »  (Nicole, bénévole de la Croix-Rouge).

La nuit

A 22 heures, les lumières sont éteintes et – sauf exceptions – les hébergés sont invités à aller dormir. A partir de 4 heures du matin, ceux qu’une obligation appelle à l’extérieur demanderont à sortir. Pour la grande majorité, le réveil se fera à 7 heures, en douceur avec de la musique. Après une tasse de thé et de café (et selon les dons de nourriture aussi quelque chose pour manger) les gens partiront. A 8 heures, les portes seront fermées.   

L'accueil en journée

Depuis mars 2012, Pierre d’Angle est également ouvert au public sans-abri en journée. Du lundi au vendredi (et grâce au projet 86.400 également pendant le weekend) il y a la possibilité de faire une sieste en après-midi. Une fois par mois des pédicures sont également présents. Pendant toute la journée, le service social est accessible à toutes les personnes en en faisant la demande.

Les siestes et les douches

« Certaines personnes ne trouvent pas d’endroit où dormir durant trois nuits de suite. Pouvoir se reposer un peu en après-midi, c’est vraiment pas du luxe. » (L’Houcine, éducateur). 

Le service siestes est un service fort demandé. En effet, Pierre d’Angle est la seule structure qui propose des siestes aux personnes sans-abri à Bruxelles. La disponibilité de lits et l’encadrement par des travailleurs sociaux permet de garantir aux usagers un moment de calme et de repos dans un environnement sécurisant. Grâce au financement du projet 86.400, nous avons pu étendre ce service à un total de maximum 24 places au lieu de 10 places auparavant. 

Les inscriptions sont ouvertes à partir de 13 heures et doivent se faire par téléphone et par l’intermédiaire d’un professionnel d’une association. Les places sont réparties comme suit : trois places pour chacune de nos organisations partenaires (Jamais Sans Toit, Douche Flux, Le Clos, La Fontaine, Chez Nous, La Rencontre et Hobo) et trois places pour d’autres organisations ou institutions. A 13h45, les places encore libres sont à nouveau disponibles pour des inscriptions supplémentaires venant de toute association. 

Les inscriptions pour la douche, complémentaire à la sieste, se gèrent sur place. L’entrée pour le service se fait entre 13h30 et 15h30. La fin des siestes est à 18 heures et les gens devront être sortis à 18h30. Les soins de pieds Une fois par mois des élèves et des professeurs de l’institut de promotion sociale de Namur viennent dispenser des soins de pieds aux usagers. Les soins du pied sont importants : les sans-abris marchent souvent longtemps, sous tous les temps et avec des chaussures parfois mal adaptées aux pieds. Leurs pieds abîmés sont le reflet de leurs conditions de vie difficiles.

Aussi notre public nous demande-t-il fréquemment des chaussettes. C’est pourquoi en 2019 nous avons entamé une collaboration avec la start-up One4One Socks, un webshop qui pour chaque paire de chaussettes vendue en offre une à des personnes sans-abri. Chaque mois nous recevons une boîte de chaussettes.

« Avant quand j’arrivais à la maison, j’enlevais mes chaussures, je mettais des pantoufles, et si mes chaussettes étaient sales, je les mettais à la lessive. Après je pouvais prendre une douche ou m’allonger tranquillement sur le divan. Aujourd’hui, plus rien de tout ça n’est évident. Et être à la rue, c’est ça. C’est quand tous les gestes qu’on faisait sans même y penser auparavant, deviennent problématiques. Rien n’est plus évident. Ni se brosser les dents, ni se raser, ni même se poser sur un banc sans qu’on ne vous chasse… » (Patrick, usager)

Le service social

Chaque jour de nombreuses personnes passent par Pierre d’Angle pour obtenir des informations. Parfois il s’agit juste de questions concernant nos horaires ou le fonctionnement de notre structure d’accueil. Ou des questions concernant des services de base (où manger, où se faire soigner…). Mais souvent les questions ont trait à leur situation personnelle et des démarches administratives à entreprendre. La plupart du temps, il s’agit d’une simple demande d’information. 

Seul pour 17 personnes un dossier a été rédigé car un suivi à court ou à long terme était nécessaire. Il s’agissait de difficultés dans la procédure d’obtention de la carte médicale, des demandes d’aide financière, de médiation de dettes, de demandes de régularisation etc. Toutes les personnes peuvent venir librement à Pierre d’Angle. 

En 2019 une assistante sociale était présente du lundi au jeudi de 8 à 16 h et le vendredi de 8 à 14 h, pour tout le monde, avec ou sans rendez-vous. En période hivernale un deuxième assistant social est venu renforcer le service social. Le service social n’intervient qu’à la demande des personnes et respecte le rythme et les décisions des personnes.

« Les démarches administratives sont parfois lourdes et complexes et il arrive que certaines personnes perdent courage, même si leur dossier évolue positivement. Dans ce cas, je peux discuter avec eux et les conseiller mais au final, s’ils veulent arrêter c’est leur choix car c’est leur vie. Je ne peux que leur dire que ma porte restera toujours ouverte et qu’ils peuvent revenir vers moi quand ils le veulent. » (Ana, assistante sociale).

Il ne suffira pas de décréter la fin du sans-abrisme pour qu’il puisse prendre fin. Les initiatives locales restent insuffisantes malgré les efforts et les initiatives prises par le secteur. Cette problématique dépasse notre secteur, elle nécessite une prise de conscience politique, économique et sociale de l’urgence dans laquelle on se retrouve. Des décisions ambitieuses doivent être prises à un niveau européen de prévention du sans-abrisme.